La morsure de l'air du 18-05-2026 - 2026

Oxydation et terre de Lascaux sur toile

300 x 200 cm

© Gregory Copitet

Ce qui reste

From 15/10/2026 to 21/02/2027

Musée de la Chasse et de la Nature

Hôtel de Mongelas : 62, rue des Archives – 75003 Paris

solo show

Curated by Amélie ADAMO

Amélie ADAMO

Fondation François SOMMER


Vernissage le mercredi 14 octobre de 18h30 à 21h30


EDITO D’AMELIE ADAMO, Commissaire de l’exposition

Nous entrons dans l’univers de Lionel Sabatté comme nous nous enfoncerions dans une cavité obscure, dans une grotte, dans un ventre originel. Il y a quelque chose de la nuit, des temps qui y résonne. La voix d’une forme archaïque où les règnes fusionnent, où la vie et la mort ont toujours été liées, à l’image de ce célèbre « homme du puits » à tête d’oiseau, en érection et allongé face à un bison éventré, sur les parois de Lascaux.

Voyageur du sensible, Lionel Sabatté travaille avec la matière du temps. Un temps qui n’a pas d’âge, pas de limite chronologique. Aux senteurs de terre et de rouille, profondément enracinée tout comme le bois qu’il utilise, à la fragile déliquescence comme ces restes d’ongles, ces poussières qu’il récolte, son expression semble surgir du creuset du vivant. D’un fond primordial, informel, magmatique, organique, presque cellulaire.

L’usage de l’oxydation, fil rouge de cette exposition, est aussi une manière de travailler le temps. Ours, cerf, sanglier, oiseaux, fœtus ou têtes : c’est la réaction chimique de l’oxydation qui fait naître la composition. Un mélange de solutions à base de fer et d’oxygène, qui crée des effets de rouille aux brillances et aux couleurs variées. Sur ces strates colorées, Lionel Sabatté saupoudre de la terre de Lascaux.

Avec cette terre, tout comme avec la poussière ou les restes d’ongles provenant d’une myriade de vies humaines, Lionel Sabatté habite poétiquement le temps, faisant de la mémoire sa matière. Par l’oxydation et la terre de Lascaux, échos à l’art pariétal, il donne à ses créations une force archaïque, comme s’il remontait au lieu d’une naissance, à la fois de la création et du vivant.

Fil rouge du parcours, l’ambivalence de l’oxydation, qui détruit et construit, révèle ce qui sous-tend la force de cette exposition : interroger la perte et l’altération comme nécessité du vivant. Par l’hybridation enfin, l’œuvre de Lionel Sabatté nous donne à sentir un état archaïque où règnes et espèces fusionnent, par-delà nature et culture. Les « têtes », écho lointain aux vanités classiques, deviennent des planètes, des paysages, tout comme peut le devenir le pelage des « chouettes ». Quant aux « fœtus » et « poussins », ils nous ramènent à une forme originelle où se brouille la frontière entre l’animal et l’humain.

L’art de Lionel Sabatté nous dérange, nous interroge. Il inverse nos valeurs, nos habitus, nos idées préconçues. Il réensauvage le domestiqué. Entre ses mains, le chien redevient loup, un troupeau de brebis se métamorphose en lion sauvage et fougueux. Ainsi les Pelages, tapisseries salies, aux fils pendants, ne sont plus des marqueurs sociaux, porteurs de symboles culturels, mais deviennent des peaux, entrelacs de laine et de brou de noix qui constituent un habitat vivant pour la figure animale. Une figure sauvage, difficile à distinguer clairement, aperçue de manière furtive, comme un animal pisté ne se laisse voir que du coin de l’œil.

L’ art de Lionel Sabatté altère ce qui est produit par l’activité humaine et déconstruit ce qui fait notre socle culturel. Le glorieux édifice du progrès et du consumérisme est-il construction ou ruine du vivant ? De fil abîmé, de morceaux délités, de ciment, de poussière, nos corps, nos savoirs, nos abris dits civilisés peuvent-ils encore tenir ? Renaître autrement ? De quel belvédère intérieur, de quelle construction fragile observons-nous le vivant ? Sommes-nous le chasseur ? La bête traquée ? Sommes-nous aveuglés par trop de savoirs inutiles ? Pouvons-nous voir autrement la vie qui bouge dehors ? Être voyants dans la nuit, faire face à la bête tapie au fond de nous-mêmes ?

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